Pollution de l'air : 42 000 décès chaque année en France ?

Juillet 2015

 

Depuis plusieurs années, la France fait  l’objet d’une procédure contentieuse pour non-respect des normes européennes de qualité de l’air concernant les particules PM10. De même, chaque printemps apporte ses épisodes de pics de pollution aussi bien dans les grandes agglomérations (Paris, Strasbourg, Lyon …) que, et c’est peut-être moins connu, dans les vallées alpines. Les causes de ces épisodes sont multiples, mêlant les émissions polluantes attribuables aux transports, au chauffage, aux pratiques agricoles, aux émissions polluantes transfrontalières ainsi qu’à des conditions météorologiques défavorables à la dispersion. Les publications, tant scientifiques qu’à destination du grand public, abondent sur les effets de la pollution de l’air. La couverture médiatique des épisodes de pics de pollution est importante et des discordances remarquables apparaissent  lors des prises de mesures et de décisions par les autorités compétentes. L’efficacité même de ces mesures est à l’étude. Bref, la population française est noyée sous un flot d’informations multiples, parfois contradictoires, et souvent anxiogènes. Par exemple, la presse, mais aussi des documents émanant du MEDDE, du Sénat, font régulièrement état de « 42 000 morts en France chaque année à cause de la pollution de l’air», « Diesel en France : 42 000 morts prématurées chaque année en France ».

 

Mais d’où provient cette donnée ? Concerne-t-elle la pollution dans son ensemble ? Le diesel ? Les particules ?  Que signifie un décès prématuré ? Contrairement à ce qui est parfois indiqué, cette donnée ne provient pas de l’Organisation mondiale de la santé, ni d’aucun Ministère français. Elle est issue d’une analyse coût/bénéfice (CBA) reposant sur différents scénarios de développement économique et énergétique de l’UE, et réalisée en 2005 par le logiciel de référence à l’Union Européenne RAINS (maintenant GAINS) dans le cadre de la préparation de la Directive 2008/50/EC Clean Air For Europe. Ces 42 000 décès sont en réalité des décès « prématurés » calculés (42 090 exactement), impliquant uniquement des décès « attendus par calcul » dans la population française âgée de plus de 30 ans. Ce calcul repose sur des données météo uniquement de l’année 1997. Il ne considère qu’une pollution aux particules fines (PM2.5) et intègre à la fois des données issues de la métrologie et des données modélisées, de même qu’un coefficient de conversion de PM10 en PM2.5.

 

Ce chiffre de 42 000 décès prématurés présenté depuis 2005 serait-il encore valable aujourd’hui, compte tenu de l’évolution non seulement de la nature de la pollution atmosphérique, mais aussi de  la situation, tant économique que réglementaire, sociale, démographique, et sanitaire ?

 

La réglementation appliquée à plusieurs secteurs économiques  (industrie, transports …) a permis de réduire les niveaux ambiants de certains polluants responsables d’une mortalité et morbidité importantes, jusque dans les années 1990 (interdiction de l’essence au plomb, réduction importante des émissions de SO2 …). Les seuils de qualité de l’air sont régulièrement revus à la baisse. Cependant les effets de ces mesures semblent encore insuffisants, puisque les concentrations ambiantes de certains polluants (NO2, PM, O3) restent stables.

Malgré la littérature scientifique abondante sur le sujet, il demeure difficile de disposer de données récentes, fiables, compréhensibles, touchant à l’impact sanitaire de la pollution dans son ensemble.

Les données les plus solides au plan scientifique proviennent du programme PSAS, engagé par l’Institut de Veille Sanitaire depuis 1999. L’approche y est tout à fait différente puisqu’elle  repose sur l’estimation du bénéfice sanitaire apporté par le respect des Valeurs guides air ambiant.

Ce programme est intéressant à plusieurs titres : il présente des données étayées pour 9 grandes agglomérations françaises, reprises dans le programme APHEKOM en 2012, et conclue à  un ordre de grandeur de 3 000 décès évités par an pour les 12 millions d’habitants de ces 9 grandes villes, associés au respect des valeurs guides. Les auteurs n’ont toutefois pas souhaité extrapoler ces données à l’ensemble du territoire français.

Certes, des incertitudes demeurent. La recherche progresse et met en évidence des effets à de très faibles concentrations, des effets liés aux mélanges de polluants. Il convient de suivre de près ces avancées, mais avant tout, gardons un esprit critique et curieux face aux sources d’information, quelles qu’elles soient, afin de se faire sa propre opinion, et d’éviter l’infantilisation ou la manipulation par la peur.

La Directive « qualité de l'air ambiant et un air pur pour l'Europe », datant de 2008 devrait être révisée prochainement. Gageons que les chiffres de l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique feront ainsi l’objet d’une réactualisation.

 

Gaëlle Guillossou

Texte validé par le Conseil d'Administration de la SFSE

 

 

CAFE Working group on particulate matter, Second position paper on Particulate Matter. 2004: CAFÉ

Steering Group.

 

IIASE (International Institute for Applied Systems Analysis). The GAINS Model. 2014; Available from:

http://www.iiasa.ac.at/web/home/research/researchPrograms/GAINS.en.html.

 

Parlement européen et conseil de l'Union Européenne, Directive 2008/50/CE du 21 mai 2008

concernant la qualité de l'air ambiant et un air pur pour l'Europe. 2008: Journal officiel de l'Union

Européenne.

 

Pascal, M., et al., Assessing the public health impacts of urban air pollution in 25 European cities:

Results of the Aphekom project. Science of The Total Environment, 2013. 449: p. 390-400.

 

Schucht, S., Le modèle d'analyse intégrée GAINS-Europe de l'IIASA

2008, Verneuil-en-Halatte: INERIS.

 

Watkins, P., S.Pye, and M. Holland, Service contact for carrying out Cost-Benefit Analysis of Air

Quality related issues, in particular in the Clean Air for Europe (CAFE) programme. 2005, Didcot:

Commission européenne. 122.

 

WHO(World Health Organization), Health aspects of air pollution - answers to follow up questions from

CAFE. 2004, Copenhague: WHO Regional office for Europe.


 

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