La Charte globale pour la santé du public de la WFPHA

Juin 2016

 

Contexte

Les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) furent un projet visant à répondre aux besoins les plus élémentaires des pays pauvres de la Planète et qui a galvanisé les efforts en ce sens des pays-membres des Nations-Unies et des grandes institutions internationales. Il visait un horizon situé à fin 2015.

 

Pour prendre le relais et aller au delà sans casser la dynamique créée par les OMD, les acteurs internationaux, gouvernementaux et associatifs ont mis sur pied un Agenda 2030 pour le développement durable, adopté par les chefs de gouvernement en septembre 2015. Ce « plan d’action pour les gens, la planète et la prospérité » est structuré selon 17 Objectifs pour le Développement Durable (ODD), 169 cibles et 231 indicateurs proposés. La santé et ses déterminants majeurs se retrouvent de manière prééminente dans la plupart de ces objectifs, comme par exemple : ODD 1 – pauvreté, ODD 2 – alimentation, ODD 6 – eaux, ODD 10 – inégalités, ODD 13-15 – climat et écosystèmes (Moore et al. 2016).

 

 

Proposition d’une charte globale pour la santé du public

La Fédération mondiale des associations de santé publique (WFPHA en anglais), créée en 1967, est accréditée comme une « ONG en relations officielles avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ». A la lumière et en lien avec les ODD, elle a proposé à l’OMS de travailler sur une Charte globale pour la santé du public (Global Charter for the Public’s Health – GCPH – en anglais), afin d’adapter la santé publique à son nouveau contexte mondialisé. Le point de départ de cette collaboration OMS-WFPHA était d’investiguer les positionnements de la communauté globale de santé publique susceptibles d’influencer les acteurs-clé à travers tout le spectre des enjeux de santé publique, au gouvernement, dans la société civile et dans le monde économique. Une téléconférence fut organisée avec des personnalités marquantes de la santé publique à travers le monde afin d’identifier les changements pertinents que le nouvel environnement global imposait à l’essence même de ce que devrait être dorénavant la santé publique.

 

Le groupe a aussi discuté le cadre et les lignes directrices d’une note conceptuelle à discuter avec la directrice générale de l’OMS. La rencontre a abouti à une étude qualitative de suivi, sur la base de questions pré-testées et d’une analyse de contenu inductive (Lomazzi et al. 2016). Les résultats de cette étude ont montré, entre autres, que les impacts aussi bien positifs que négatifs de la globalisation sur la santé des gens ont besoin d’être mieux compris par les professionnels de santé publique et plus largement connus par les décideurs politiques (WFPHA 2016). En effet, la globalisation est caractérisée par une interdépendance entre peuples et pays, et une interconnectivité accrue basée sur l’ouverture des frontières à des flux de plus en plus rapides de biens, de services, de la finance, de personnes et d’idées. De plus, ces flux sont susceptibles d’être facilités et promus par des changements dans les régimes institutionnels et les politiques publiques aux niveaux international et national.

 

En parallèle, la WFPHA a mené une revue de la littérature sur la santé publique globale (Jenkins et al. 2016). Cette dernière a révélé quelques éléments intéressants qui pourraient avoir des répercussions importantes pour l’action future :

  • la communauté de santé publique globale doit comprendre le paysage politique actuel (au sens large) et prendre conscience de la prolifération d’acteurs travaillant dans ce champ,
  • les membres de cette communauté doivent constater l’importance des déterminants politiques et commerciaux de la santé et s’efforcer de composer avec. Lorsque c’est approprié, il faudra qu’ils interpellent les acteurs politiques et commerciaux afin qu’ils améliorent leurs résultats en matière de santé,
  • de même, ils devraient être formés de manière à comprendre le contexte politique glocal[1] et travailler efficacement en son sein. Il est indispensable qu’ils puissent voir l’importance de relier les différents domaines qui ont un impact sur la santé de la population.

 

Actuellement, il n'y a pas d'accord d’ensemble sur les objectifs et moyens des  fonctions ou services de santé publique, et on constate même un manque de vocabulaire commun. La Charte GCPH aurait le potentiel de devenir un cadre établi permettant aux systèmes de santé publique de communiquer à l'échelle mondiale et de comparer et améliorer leurs performances grâce à des actions systématiques.

La Déclaration d'Alma-Ata sur les soins de santé primaires en 1978 et la Charte d'Ottawa pour la promotion de la santé en 1986 ont eu une influence majeure sur l'amélioration de la santé dans le monde entier. Au moment où le monde adopte les ODD, l'intention de la Charte est d’anticiper la prochaine étape en fournissant un guide succinct et pratique aux associations de santé publique sur comment planifier et mettre en œuvre des stratégies pour de meilleurs résultats en matière de santé à travers le monde et travailler en ce sens avec d'autres ONG, les universités, la société civile et les gouvernements.

 

La Charte est en phase avec d’autres Déclarations récentes ou en préparation et qui font de l’année 2016 un moment charnière notamment pour la santé urbaine :

  • le Nouvel Agenda Urbain, élaboré par le processus mis en place pour Habitat III et qui sera adopté en octobre à Quito,
  • la Déclaration de Kuching (en janvier – également dans le cadre de Habitat III),
  • la Déclaration qui sera adoptée à l’issue de la 9ème Conférence mondiale de promotion de la santé (en novembre à Shanghai).

 

La proposition de GCPH fournit un tel cadre clair et flexible qu’il peut être appliqué aussi bien globalement qu’au niveau d’un pays particulier (Moore et al. 2016).

 

La Charte recommande des actions à deux niveaux :

  • un consensus sur une conceptualisation de la santé publique globale et sur un cadre pour les infrastructures et services de santé durables et sûrs,
  • un appel à un véritable engagement politique via l’utilisation des réseaux sociaux, l'identification des actions pouvant servir d’effets de levier politique et l’insertion de l’agenda de santé publique dans les nouveaux environnements sociaux et politiques.

 

 

Le contenu de la charte

La charte reconnaît la nécessité de relever le défi que posent les nouvelles menaces pour la santé publique dans un monde globalisé, sans fermer les yeux sur la puissance des industries fournissant des produits peu sains, les défis posés pour la santé publique par certains traités internationaux et toute idéologie - propagée par des forces influentes - attanquant des réglementations raisonnables comme une atteinte à la liberté individuelle et une manifestation d’un « étatisme » dépassé et voué aux gémonies.

Selon la Charte, le futur de la santé des gens dans un tel contexte sera fonction de la mise en place, le maintien et la croissance :

  • des services en santé (protection de la santé, prévention des maladies, promotion du bien-être et focalisation sur les initiatives des gens eux-mêmes)
  • des fonctions primordiales de la santé (gouvernance, plaidoyer, capacités et aptitudes, information et connaissances).

 

  

Figure 1 - Un cadre pour renforcer la santé des gens, basé sur WFPHA (2016) et Commonwealth Secretariat (2016)

 

Il y a chevauchement entre ces services et fonctions, en particulier entre la promotion de la santé, la prévention primaire et la santé environnementale, qui bénéficient d'une approche intersectorielle.

 

Des sujets spécifiques de santé publique nécessitent des composants tirés de toute la gamme de services et fonctions (WFPHA 2016) :

  • la protection :

coordination et réglementation sanitaire internationale ; évaluations d’impact sur la santé ; lutte contre les maladies transmissibles ; capacité de réaction des urgences ; santé au travail ; santé environnementale ; changement climatique et durabilité ;

  • la prévention :

prévention primaire telle que la vaccination ; prévention secondaire comme le dépistage ; prévention tertiaire – réhabilitation et soins de qualité basés sur les données probantes et une démarche intégrée centrée sur la personne et la communauté ; gestion et planification des soins ;

  • la promotion :

inégalités ; déterminants environnementaux ; déterminants socio-économiques ; résilience ; littératie de la santé ; trajets de vie ; cadres sains ;

  • les gens (empowerment) :

soins de santé primaires ; secondaires ; tertiaires et réhabilitation ;

  • la gouvernance :

législation de santé publique ; politiques de santé et politiques intersectorielles ; stratégies ; financement ; organisation du système ; assurance-qualité (transparence, responsabilité financière et vérification des comptes) ;

  • la connaissance / information :

veille sanitaire, surveillance (monitoring) et évaluation ; surveillance des déterminants de la santé ; recherche et données probantes ; risque et innovation ; diffusion et mise en valeur ;

  • le plaidoyer (advocacy) :

éthique et leadership ; équité en santé ; solidarité et mobilisation sociale ; éducation du public ; approche centrée sur les gens ; bénévolat ; communication ; développement durable ;

  • capacités et aptitudes :

développement de la main-d'œuvre pour la santé publique, professionnels de la santé et main-d'œuvre plus large ; planification de la main-d'œuvre (nombre, ressources, infrastructures) ; normes, états de services, accréditations ; aptitudes, enseignement et formation.

 

 

Le processus d’adoption de la charte

La Charte GCPH a été officiellement lancée à Genève lors de l’Assemblée mondiale de la santé en mai 2016. Elle avait été discutée précédemment  à la réunion annuelle des ministres de la santé du Commonwealth (Commonwealth Secretariat 2016) en tant que base pour une boîte-à-outils de politiques publiques (et en lien avec l’ODD 3 « Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge »).

 

Le processus de large consultation des professionnels et du public s’est alors entamé avec le soir du 7 juin 2016. La manifestation, suivie par plus de 200 personnes, regroupait les intervenants suivants :

  • Le professeur Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale (ouverture)
  • Henri Bounameaux, doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Genève (ouverture, hôte de l’événement).
  • Bettina Borish, présidente de la WFPHA (présentation de la charte)
  • Jamil Chade journaliste brésilien au O Estadão de São Paulo (animateur de la table ronde),
  • Jean Simos, représentant de l’IFEH (International Federation of Environmental Health) à travers la SFSE (représentant la dimension santé-environnement)
  • Gian Luca Burci, spécialiste du Droit sanitaire à l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement,
  • Matthias Kliegel, directeur du Centre interdisciplinaire de gérontologie et d’études des vulnérabilités,
  • Edward Kelley, représentant de l’OMS.

 

Photo 1 : vue de la conférence / table ronde / débat public du 7 juin 2016 à l’Université de Genève

 

Une consultation en ligne, active jusqu’à fin août 2016, a prolongé ce processus de conceptualisation de la santé publique globale et le développement d’aptitudes stratégiques pour tous les professionnels, qui sont appelés à faire partie d'une nouvelle ère de la santé, davantage tournée vers les solutions préventives.

 

 

Références :

  • Commonwealth Secretariat (2016) A Systems Framework for Health Policy. Advancing Global Health Security and Sustainable Well-being for All. Commonwealth Secretariat, London, 31 p.
  • International Institute for Global Health, United Nations University (2016) People, planet and participation: the Kuching Statement on healthy, just and sustainable urban development. Health Promotion International (in press)
  • Jenkins, C., Lomazzi, M., Yeatman, H., Borisch, B. (2016) Global Public Health: A Review and Discussion of the Concepts, Principles and Roles of Global Public Health in Today’s Society. Global Policy, University of Durham and John Wiley & Sons, Ltd. - doi: 10.1111/1758-5899.12302
  • Lomazzi, M., Jenkins, C., Borisch, B. (2016) Global public health today: connecting the dots. Glob Health Action 2016, 9: 28772 - http://dx.doi.org/10.3402/gha.v9.28772
  • Moore, M., McKee, M., Borisch, B., Ricciardi, W. (2016) The Global Charter for the Public’s Health. European Journal of Public Health, Vol. 26, No. 2, 207
 - doi:10.1093/eurpub/ckw013
  • WFPHA (2016) A Global Charter for the Public’s Health—the public health system: role, functions, competencies and education requirements. European Journal of Public Health, 1-3
 - doi:10.1093/eurpub/ckw011

 

 


[1] contraction de « global » et de « local ».

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